L'Art épistolaire, 1er partie

FEVRIER 2019
« Pourquoi J’écris ? parce qu’ainsi on ne peut pas me couper la parole, pardi ! »
Mais surtout parce que :
L’Art épistolaire ressemble à l’Art amoureux, il s’agit de plaisir.
Il est bon qu’il soit long, alors je prends le temps.
Je retarde le passage à l’acte
Je choisis lentement mes mots et j’écoute les syllabes chanter.
Je médite, je rêve, le crayon suspendu, l’autre est tout près de moi,
Tant que j’écris je l’aime ! mes mots sont des caresses, les phrase une musique.
Ah, et puis, j’oubliais, que dire du temps passé pendant lequel j’imagine, j’attends, j’espère la réponse ! ce délice fait d’impatience et de d’espoir. Ces rêves plusieurs fois recommencés sont l’écume du dialogue entre le toi et le moi. Je vibre, je fonds de joie, je souffre, je vis!

L'Art épistolaire, 2me partie

FEVRIER 2019
Pour écrire une lettre il faut un support physique : le papier, le stylo sont des outils manuels simples. Et puis il faudra des routes, des moyens de transport, des gens qui vont trier et un état pour organiser tout cela et des timbres pour payer le service rendu. On paye au coup par coup, selon notre besoin, en fonction du service demandé. Il n’y a pas d’accès illimité à la poste.
Et puis, Il doit se passer plusieurs jours entre la conception du texte et sa lecture par le destinataire, le message ne peut pas avoir un caractère d’immédiateté.
Dans une lettre on donne à savoir des choses qui sont déjà digérées par l’expéditeur quand le destinataire les reçoit. Le temps est passé par là et avec lui l’information est devenue de l’histoire.
Et puis, il faut du temps pour pratiquer cette activité non rentable, il faut du calme, ainsi on peut choisir les meilleurs mots pour traduire sa pensée avec le plus de précision possible. La lettre sera lue et relue, elle se doit d’être belle et de produire une sorte de musique. Celui qui la lira sera assis, tranquillement, il écoutera le texte, il ne fera que ça, il aura le temps de recommencer, et pourquoi pas de lire à voix haute.
On partage une émotion ressentie, mais déjà l’émotion arrive comme atténuée, adoucie par le passage du temps, et c’est bon de savoir que l’on peut survivre à l’émotion. On gardera la lettre dans un tiroir, certaines se liront après la mort même, et la nostalgie présente sera tendre à nos cœurs !
Dans une lettre on ne dit pas :
-J’arrive, t’es où ?
Le SMS est un butor semé de fautes, toujours trop pressé, son langage impersonnel est au mieux utilitaire. Si j’envoie un poème ce sera peut-être un haïku. Mais qui prendra le temps d’apprécier un haïku, si subtil, si fugace ?
Sinon ce sera une information, une injonction, un remerciement, à peine lu il est déjà effacé, remplacé par d’autres. Dans la mémoire il laissera sa trace bien sûr, une émotion, une blessure ou un rayon de soleil, quelque chose comme un courant d’air. Le vent passe, et puis il est oublié ; on ne réfléchit pas aux traces laissées par le vent !
Et puis un jour la messagerie est pleine. On effacera du bout du doigt un pan de notre existence. Le message, l’histoire, l’expéditeur, tout part dans notre immatérielle poubelle.
Ah, et puis, j’oubliais, que dire du temps passé pendant lequel j’imagine, j’attends, j’espère la réponse ! ce délice fait d’impatience et de d’espoir. Ces rêves plusieurs fois recommencés sont l’écume du dialogue entre le toi et le moi. Je vibre, je fonds de joie, je souffre, je vis quoi !
Tant pis pour toi si tu ne me réponds pas.

octobre 2018 : Dans ma maison

Dans ma maison

On se raconte, on se dévoile, voire, on s’invente,
des uns aux autres, de l’un à l’autre,
un passé, une histoire, des regrets ou des espoirs.

Le temps passe, et les papotages, chuchotements, secrets, confidences
sont comme des traces dans nos mémoires familiales.

Des enfants viennent, des amis partent,
un gendre arrive, et puis
des petits à regarder grandir.

De l’un à l’autre, maillons fragiles, de fil en fil,
éphémères fibres, une toile s’est tissée.

Toile d’araignée, frêle et tenace,
qui nous attache et nous dévore, qui nous enlace,
toile de lin si fraîche si douce,
toile d’artiste, jamais finie, toujours en cours.

Sans le savoir on est entré dans cette maison
commune que l’on appelle une famille,
ses portes ouvertes, ses codes secrets, ses fou-rires partagés,
et le baume passe sur les douleurs passées.

23 avril 2018:L’alibi de la cueillette des plantes sauvages

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Je pars souvent, le nez au vent, en visant le soleil sur le plateau, pour me retrouver dans un sous bois au parfum de champignon, avec le craquement des feuilles pour compagnie.( Parfois, une trouée lumineuse indique une lisière proche. Je quitte souvent le chemin pour monter à travers la butte, pour le plaisir de l’effort, pour sentir mon cœur battre, et atteindre le moment où ma jambe fléchit. Je ralentis, je ne m’arrête que très peu, ne jamais casser l’effort d’un coup, ralentir son rythme seulement, expirer à fond, il faut penser à ce que l’on fait quand on marche ainsi vers le sommet.)
En réalité, je suis comme un chien fou qui cherche sans savoir quoi, fou de désirs divers qu’il ne sait pas nommer, attirés par des odeurs, des bruits, des traces.
Et rien ne se passe au niveau de la raison, à part la conscience d’avoir un corps qui peut bouger, et de le vivre comme un privilège.
Quelqu’un qui me suivrait me prendrait pour cet animal libre qui suit, la truffe au vent, une vieille piste d’un gibier passé depuis longtemps. Je suis en réalité comme lui, un creuset à sensations, elles me font une musique.
Et puis ma raison me rattrape. Voici la berce spongyle et le chardon Marie qui est si doux au gout quand il est cueilli jeune. En bas du coteau, là où l’humidité résiste toute la journée, je découvre le mouron des oiseaux. C’est la première fois que je vais le cuisiner, je suis ravie.
Alors oui, la collecte des plantes à cuisiner me permet de rendre à cette balade un objectif. Avoir un projet concret, stopper ces divagations aléatoires le long des coteaux, c’est donner un alibi à ces sorties, mais c’est aussi retrouver le sens commun. Marcher m’est utile ; je vais puiser dans la nature de quoi faire ma soupe de ce soir, assaisonner mon confit de tomates.
"L'asperge sauvage, les feuilles de géranium et ses fleurs se mangent.Le pourpier, l’alliaire, la feuille de mauve, la mâche sauvage et les rosettes de pâquerette se mangent,la chicorée sauvage dont les feuilles ressemblent à celles du pissenlit se mange,les feuilles de violettes se mangent en salade.La reine des prés, et le gallier surnommé gratte gratte...se mangent, se mangent...je suis l' ogre des plantes comestibles...jusqu'au moment où mon mari me dit:
-" les légumes, qui sont issus de sélections de plantes sauvages ça a tout de même plus de gout!"
C.FRANCK

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Improbable Haïku : Repos

A la lisière,
Les aulnes murmurent
Et
Les saules dansent une ronde
Au bord du marais.

2 avril 2018 :Ode aux bulles de savon, à la joie éphémère, à notre âme d’enfant

Bulle,
Bulle boule ronde roule au gré du vent, du temps, des heures qui passent,
rien ne demeure mais tout s'amasse, hors la candeur.
Bulle qui roule, qui sent, qui voit, qui passe et garde au fond du coeur
la flamme de l'enfance, l'odeur et les couleurs du bébé ébahi
Bulle qui chante et qui s'enchante d'un rien d'un souffle
quelqu'un passe et lui sourit, elle rit aussi
Bulle qui s'envole, tout à son rêve, fossettes aux coins des yeux
fantasmes doux, parfums de lait
Bulle s'attarde, flâne et fait une rencontre, quelqu'un, quelqu'une
les fantasmes deviennent fous
Aujourd'hui c'est la révolution, demain sera contemplation
hier tendres projets et puis tous envolés
Bulle qui pleure, qui vit, qui passe, si légère qu'elle s'envole
Bulle est partie soudain, vers le soleil au gré du vent,
sur son chemin; un épineux, ou la main d'un inconscient
Bulle sera semée en gouttes d'humidité; vapeur du matin
rosée fraiche sur la ville, un soupir ténu, un souvenir qui déjà s'efface
et juste la buée sur ma vitre...
Un jour c'est sûr elle reviendra, dans un an ou un million d'années,
gratuite et éphémère, danser sur ses paupières
Mon enfant ma joie j'entends ton rire clair

27 mars 2018

A propos de la notion d'Art:


Faire germer l'idée que l'Art peut entrer dans nos maisons, grâce aux réseaux par exemple, c'est déjà laisser la possibilité à chacun de s'interroger:
- "qu'est ce que l'Art, pour moi ?Quel est ce plaisir étrange et solitaire qui veut finalement être partagé?
Qu'est ce que je ressens quand je prends le temps de regarder quelque chose ?.


Ce qui est interessant; c'est de rendre le A majuscule du mot Art plus familier, moins intimidant pour tous ceux qui ont peur de cette majuscule, tous ceux qui n'osent pas entrer dans un musée parcequ'ils y craignent l'ennui,ou une galerie à cause du côté mercantile, qui ne savent pas mettre des mots sur des sensations, et qui pourtant ont la même sensibilité que celui qui maîtrise les codes dits culturels.

Sur les réseaux; écrire un seul mot,c'est déja échanger, oser dire, ou justement ne rien dire, c'est déjà exprimer quelque chose, c'est déja avoir ressenti une émotion.

Mais je me méfie: pendant que je suis là en train d'essayer de dire ce que je pense, je ne crée plus, et il y trop de mots dans mon texte, et vous, lecteur, avez déjà baillé!

24 mars: PRECISION A PROPOS DES TABLEAUX RECYCLES

Avant l'orage
55x66cm.
Catégorie: recyclage ( objectif: garder une trace de ce qui a un jour plu à quelqu'un, offrir une nouvelle vie à ces vieilles choses qui furent regardées et se retrouvent dans les vide greniers, moquées par "le gout du jour!" -A ce propos; ne pas utiliser si possible le vilain mot de revisiter, mais préférer celui de partenariat entre avant et aujourd'hui-))
2016 pour ma transformation
Acrylique et collage sur carton et cadre recyclés( ou comment faire d'une vieille croute une jeune...)
Les jonquilles ont envahi le cadre, la maison disparaît sous les lavandes...et quelqu'un sort de la maison,intrigué.Est ce que la maison a rétréci, est ce que la végétation est atteinte de gigantisme? est-on heureux de ce printemps exubérant?
Parfois, on a pris les humains pour des anges, parfois on a abusé de la bonté de la nature...et puis le paysage sous notre regard a oscillé!

13 mars 2018 Histoire très courte : voyage de l’autre côté de la rue.

De l’autre côté de la rue, un homme, d’environ trente cinq ans en pantalon de survêtement et anorak noir, avance vers le marché. Il est trapu, ses cheveux noirs et frisés, sa barbe drue de trois jours laisse penser qu’il pourrait être d’origine afghane ou pakistanaise. Peut-être pourrait-il être turc.
Il regarde une femme qui marchait dans le même sens que nous, et qui vient de nous dépasser. Elle avance dans la rue et non sur le trottoir encombré de piétons. Elle nous double en quelques enjambées rapides, énergiques. Elle est chaussée de bottines noires à haut talons qui lui enserrent bien la cheville. Une mini jupe à volants noirs et blancs, de fins bas noirs laissent penser qu’elle termine une nuit de noctambule. Il semble pourtant certain qu’elle peut marcher longtemps de ce pas là.
On est fin octobre mais il fait encore chaud. Elle ne porte qu’un petit top noir qui laisse à nu des bras solides. Il se dégage de tout son corps une sensation de vigueur. On imagine ce qu’il peut y avoir d’autorité dans son tempérament à la façon qu’elle a de s’approprier la rue.
Au bout de sa main se balance un petit sac plastique vert, de ceux qui servent aux vendeurs du marché aux fruits et aux légumes.

L’homme sur le trottoir d’en face s’est retourné encore une fois pour voir ces jambes qui tracent de grandes foulées sur le bitume, qui s’impatientent au feu rouge, puis disparaissent de l’autre côté du carrefour.
C’était une maitresse femme. Maitresse d’elle-même ! Et lui qui avait voulu que sa future épouse soit voilée, l’avait regardé avec l’étonnement de celui qui rencontre pour la première fois un animal qu’on lui a toujours décrit comme dangereux et dont il a appris à avoir peur.
Dans une réserve naturelle on admire ainsi le léopard avec ses jumelles, et on frissonne de le savoir si prés, si vivant, si plein de force. Cet homme avait en ces quelques secondes réalisé un voyage surprenant, exotique et légèrement perturbant.

5 mars 2017 à propos de "L'HIVER"

Et l’on se rappelle que l’hiver fut chagrin,
Que le désespoir est venu.

Les gens ont des souvenirs menus
L’odeur forte des feuillages humides
Efface quelques rides, en ces jours de printemps
Un bourgeon a plus de force que cent guerriers haineux
Un jour pourtant, un mot résonne, une ressemblance, un parfum
Et l’Homme pleure dans le noir.
Il saigne, et puis la chaleur de l’été
Endort la douleur, assourdit le souvenir des cris.
Le temps est si volage, on a si peu d’esprit
Jusqu’à ce que …jusqu’à ce qu’elle revienne
Surgie d’on ne sait d’où, cette sorcière cruelle.
Elle passe, son ombre est peut-être un peu plus fugace
Pour que se tasse au fond d’un puits le sac de larmes
Et que revienne encore une fois le gout de la vie.