bordaçarre véronique

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totems je t'aime, un texte de Caroline Bovis

TOTEMS JE T’AIME

Les personnages que crée Véronique Bordaçarre me semblent étrangement vivants, bien que dépourvus d’yeux pour voir le Monde et de membres parfois pour en mesurer l’impossible étendue.
Ils sont fixes sur leurs socles et nous interrogent, ficelés de la cage thoracique à la chevelure qui sert de casque et d’armure, voire d’antenne, et les boucles s’enlacent inexorablement autour d’un pied ou piédestal unique.
Cette gaine de fil de fer serrée, cette vis sans fin, savent s’aérer pour donner à ce que, sans hésiter, nous savons être des femmes qui dansent, une densité légère et une corpulence tourbillonnante qui pourrait s’apparenter à un autre « mode de vie ».
Ces femmes s’affranchissent de la fixité des clous longilignes réservés aux totems précédents. Leurs rondeurs et rembourrages de poupées dodues éliminent en quelque sorte l’armature pour, j’ose, des porte-jarretelles ou corsets qui activent leur féminité quasi érotique, mais toujours pas d’yeux.
Que voir ou plutôt que ne pas voir ? Se montrer et ne pas être vu, ne pas offrir le regard et imposer une autre vision du corps, de l’objet totémique en omettant de donner ce que l’on cherche toujours à lire dans les yeux de l’autre, ce plus ouvert sur l’intérieur, cette invitation à voir le vrai chez autrui.
Il en est ainsi des créatures de Véronique : sans doute, ces deux versants de son travail se rejoindront et trouveront des échappées qui, tout en gardant leurs racines primitives si chaudes de sens, s’ouvriront vers des horizons nouveaux encore entièrement à explorer.


Caroline Bovis
Septembre 2008