Saint Roch

Saint Roch

La première fois que je l'ai rencontré
Seigneur !
C'était dans la petite chapelle du Sauvage
Bâtie tout au bord de la route
Au seuil de la Lozère.

La lumière éclatante et sereine du jour
Animait tout le paysage :
Les lignes, les volumes, les couleurs
Et jusqu'à la texture de l'air
Gardaient ensemble
Un équilibre fort et beau
Que personne n'eût osé contester.

Un univers simple, facile à comprendre
Et à aimer-

Du thym de bergère violet dans le pré vert
A vous renverser les narines de plaisir.
La forêt verte et droite qui veille depuis toujours
La chapelle comme le phare sur la mer
Et la route luisante comme un rouleau de réglisse
Qui vous met l'eau à la bouche
En vous donnant l'envie d'aller plus loin.

Un univers simple, facile à comprendre
Et à aimer-

Dans la chapelle, je suis entrée, seule
Les miens s'ébattaient dehors, au chaud.
J'appréciai la fraîcheur douce de la pierre.
Et je bus d'un seul trait
Tout ce qui se présentait à mes yeux.

Je me tenais debout près de l'autel
Un bon moment.
Mais avant de prier,
Je m'avançai auprès de la statue de Saint Roch
Et je dis à voix haute :
"Reste bien sage, je n'ai pas coutume de prier les Saints."
Voilà une interpellation pouvant paraître
Inattendue, un peu audacieuse, ingénue
Mais pour moi, c'était considérer la mémoire de
Quelqu'un
Reconnaître une présence là dans ce lieu
Qui lui était offert.
Et je regardai le bleu profond des yeux de la statue
Un regard BLEU qui porte bien au-delà de soi
Au-delà du bien et du mal.
Je priai, je chantai et je lus le livre des
Témoignages.
Je soupirai d'aise à entendre ma voix
Accueillie largement
Par les voûtes de pierre.
Je me sentais chez moi
Je me savais aimée totalement
Là dans ce lieu
Par Mon Dieu.
Je ne percevais pas alors
Le regard BLEU
Qui s'inscrivait dans mon coeur
En un beau ciel de Carême
Aujourd'hui, à Mi-Carême
Je vois dans le BLEU profond de Saint Roch
Le Coeur de Miséricorde
Coeur de Jésus apaisant de tendresse
Tous les bleus de ma vie.

Coupe de neige



COUPE DE NEIGE

Il est venu glisser
Sur les pentes de l'enfance
Réveiller dans ma mémoire
Les jeux et les comptines
Des grands hivers blancs.
Il a remodelé le monde à sa façon.
Emmêlant les saveurs chaudes et glacées
Il a brouillé les pistes des savants.
Mon arbre est un cornet de neige
Aux feuilles de cerfs-volants
Qui traversent les murs
Pour rejoindre les enfants.
Même moi, j'ai tiré
Sur leurs pompons glaciers
Et j'ai ainsi gagné un tour de manège
Sur la voie lactée!
La sève de mon arbre se répand
Opulente
Dans les villes et les campagnes
Partout.
Les toits des maisons enivrés
Vacillent de plaisir
Sous son onction gourmande
De chantilly!
Un oiseau blanc
Que tout le monde connaît
S'en est amouraché.
Du coup, à force de tendresse,
Voilà que ses ailes sont changées
En grosses barbes à papa
Qui collent aux doigts
Si l'on veut en chiper
Quelques plumes.
Mon arbre est l'enchanteur des neiges!
Savez-vous qu'il a dérobé pour moi
Les falaises d'Etretat!
De sa vive emprise
Il a semé à tout va
Des craies, des coquilles, des petits cailloux blancs.
J'en ai pris quelques uns
Pour en faire des colliers.
Mais il en reste encore pour vous,
Pour jouer à la marelle,
A un, deux, trois, Soleil
Ou bien à "Devinez dans quelle main je l'ai caché!"
A force de regarder mon arbre
Et de vous en parler
J'ai bien envie de le manger
Tout entier!
Coupe de neige à volonté!
"Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats"
Chante l'ouvreuse, au cinéma!
Coupes de neige et marrons glacés
A volonté!

Laure Barlet